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Les répercussions
de type psychologique se divisent en troubles psycho-affectifs et en difficultés
dans les apprentissages.
Pour les troubles
psycho-affectifs, ce sont:
- les
variations de l'humeur.
- le
repli sur soi.
-
la perte du contact avec la réalité.
-
l'angoisse d'abandon exprimée envers le parent maternant
-
l'absence de confiance en soi ou sentiment d'insécurité
-
le manque d'attention et de concentration.
Pour les difficultés dans
les apprentissages :
-
retard ou régression.
Commençons par
les troubles psycho-affectifs ?
Quand on
reçoit un enfant en consultation, le premier constat est la qualité de
son humeur, s'il est triste ou
gai, grincheux, colérique, aimable ou agressif, apathique ou agité, qualité
de l'humeur repérable par son expression faciale animée, tourmentée ou
morne, son regard vif,
angoissé ou terne, ses attitudes comportementales apathiques,
retenues, agitées et, ou agressives.
Quand la garde alternée est inadaptée, l'enfant est décrit
comme triste, pleurant beaucoup, grincheux et colérique, changeant aussi,
passant sans raison apparente d'un état d'agitation à l'apathie
et, le plus souvent, agressif envers le parent qu'il préfère, détruisant
ses jouets et s'attaquant aux animaux de la maison, cette agressivité
s'exacerbant au retour d'une semaine chez l'autre parent.
Dans ses
moments d'apathie, d'atonie, on le voit perdre son sommeil et son appétit.
Plus rien ne capte son intérêt, besoins et désirs ne sont plus présents.
L'enfant qui
ne peut avoir confiance en l'adulte, qui ne se sent pas en sécurité avec
celui-ci, qui sait qu'on ne porte attention ni à ce qu'il exprime en termes
de besoins et de désirs du style « dodo avec maman, pas papa » ou
vice-versa "rester avec papa pas maman" (j'ai entendu les deux),
ni à ce qu'il fait quand il ne rencontre que de l'indifférence parentale ou
le rejet du type « laisses-moi tranquille, arrêtes de quémander, de
pleurer ou je te tape », cet enfant-là se réfugie dans son univers à
lui : c'est le repli sur soi.
I/ Le repli sur soi s'exprime sous plusieurs formes. Ce sont:
a) les conduites d'évitement : c'est le « non » à tout en
disant « non » bien entendu avec refus d'obéir que ce soit pour
s'habiller, manger, dormir, aller à l'école, mais aussi se boucher les
oreilles pour ne pas entendre, détourner le regard pour ne pas rencontrer
celui de l'adulte, refuser d'être touché ou de toucher, câlins et prise dans les bras étant évités ou
combattus.
b) faire le « mort », ne s'intéressant plus à rien, faisant comme si il
était dans un autre monde, ne bougeant plus, ne se manifestant plus :
c'est l'atonie.
c) les conduites de régression apparaissent :
sucer son pouce à nouveau, parler « bébé », redemander son
« nin-nin », faire pipi au lit, caca dans sa culotte.
d) plus
grave encore quand il se sent abandonné et incompris, l'automutilation qui
commence avec des tics comme se ronger les ongles, s'arracher la peau
autour des ongles, s'arracher des touffes de cheveux, pour finir par se
taper contre les murs, se frapper le corps.
Le repli sur soi se
prolongeant, il devient une habitude : un conditionnement se produit.
L'enfant perd progressivement le contact avec la réalité puisqu'il se
réfugie de plus en plus dans son monde phantasmatique.
II/ La
perte du contact avec la réalité.
Souvent, sont mentionnés
le regard "vide" de l'enfant quand il revient de son séjour
avec le parent non-maternant, ses comportements "bizarres",
errant de pièce en pièce comme pour se rassurer, posant des questions comme
celles de savoir si sa chambre est bien sa chambre, ses jouets sont bien
ses jouets et ainsi de suite.
L'enfant pour qui la
garde alternée est inadaptée se trouve déstabilisé, coupé entre deux mondes
qu'il ne parvient pas à relier, celui du père et celui de la mère. Aucun de
ces mondes ne lui appartient vraiment puisqu'il se sent déraciné à chaque
semaine. Il ne peut donc construire une permanence ni de son espace-il en
possède au moins deux, sinon trois ou plus, dépendant du nombre d'endroits
où on l'emmène soit en visite, soit pour y dormir-, ni du temps- son temps
étant lui-aussi morcelé en nombre de « dodos » chez la mère, de
« dodos »chez le père ou de « dodos » chez un autre
membre de la famille.
A la différence de l'enfant qui s'est adapté à
cette garde et qui aime retrouver l'un et l'autre de ses parents aimés
indépendemment des différences inhérentes à chaque lieu et à chaque
situation, il n'y a donc
pas de continuité dans sa jeune vie, pas de repères fixes, stables, assurés
en permanence dans l'espace et le temps.
Il a de ce fait plus de mal qu'un enfant vivant dans des conditions moins
précaires à bâtir sa propre identité. Il vit dans l'instant, dans
l'instable et l'éphémère, devant se reconstruire à chaque semaine.
Sa seule stabilité lui
vient de l'école en ce qui concerne le monde réel. Par contre, le seul
univers personnel et intime qui lui assure une sécurité intérieure dans sa
permanence est le monde imaginaire, son monde à lui. C'est le seul monde qui lui
donne réconfort, sécurité, authenticité.
En se réinventant un
monde à lui, l'enfant se sent mieux puisqu'il n'est plus tiré à hue et à
dia vers trop d'univers différents les uns des autres, ce qui est grave;
car pour reconstruire une identité morcelée par le fait d'adultes insensibles à ses besoins
et plus attentifs aux leurs, l'enfant est poussé à perdre le contact avec
le réel. Plus tard, le phénomène de déstructuration du moi et donc de
dépersonnalisation a toutes les chances de trouver un terrain propice à son
éclosion et de se mettra en marche.On risque d'entrer alors dans les
mécanismes de pensée de type autiste, schizoïde,
voir schizophrénique.
Avec ce qui vient d'être
dit, ne faisons plus les étonnés quand on voit un enfant se raconter
beaucoup d'histoires, s'inventer une nouvelle vie, dire que ses parents ne
sont pas ses parents, phantasmer sur des situations ou des personnes qui
n'ont d'existence que dans sa tête. N'accusons plus cet enfant de
« mentir » : il affabule parce qu'il se
protège puisqu'on ne le protège pas, ou plus, ou mal. Il affabule d'autant
plus à cause de la précarité de sa condition "d'enfant de parents
séparés qui ne s'entendent pas" qu'il se trouvera dans cette tranche
d'âge durant laquelle la pensée magique prédomine, c'est-à-dire entre deux
et cinq à six ans.
III/
L'angoisse d'abandon exprimée envers le parent maternant.
Quoique pas très rassuré,
y compris avec le parent maternant, puisque il sait ou il perçoit que ce
parent n'a pas le pouvoir de le protéger du parent posant problème, l'enfant souffre de l'angoisse d'abandon quand il se trouve arraché de son parent maternant
[1].
A la différence de tout
jeune enfant qui, parce qu'il vit dans de bonnes conditions familiales,
croit en la toute-puissance de ses parents quand ils le protégent quasi
miraculeusement de toutes situations dangereuses, de toutes personnes
perçues par lui comme « pas gentilles » ou même
"méchantes", l'enfant subissant la garde alternée à l'encontre de
ses besoins réalise très tôt l'impuissance de son parent maternant à
le mettre à l'abri des dangers. Avant l'âge des prises de conscience, cet
enfant a l'expérience des limites des capacités de cet adulte à pouvoir le
protéger et à le maintenir à l'abri de la souffrance.
Exposé donc très tôt au déchirement de la relation primale avec le parent maternant, devant le vide affectif qu'il expérimente,
l'enfant se sent perdu, souffre dans son coeur et dans son âme. Il n'a
qu'un désir, qu'un espoir qui hante ses jours et ses nuits, c'est celui de
retourner auprès de ce parent même si ce dernier ne lui assure pas
toute la sécurité dont il a besoin. Se produit alors un
surinvestissement affectif de l'enfant auprès du parent maternant car, à
l'expérience de la rupture avec l'être aimé vécue trop tôt dans sa jeune
vie, donc à l'angoisse de perdre le premier être cher qu'il a connu,
s'ajoute la pré-conscience ou l'intuition de dangers futurs qu'il ne pourra
être que seul à affronter, le modèle parental positif n'étant pas
omnipuissant.
C'est
l'expérience du double
vide : le vide actuellement vécu par la séparation effective du parent
maternant, protecteur et le vide potentiellement appréhendé de sa propre
existence face au monde extérieur.
L'enfant ne veut donc
plus quitter ce parent maternant, son seul et unique bouclier, si même
fragile, contre les angoisses du présent et celles dont il a l'intuition
pour plus tard: il se « colle » à lui, demande de multiples
câlins, pose maintes questions pour être rassuré, veut dormir avec lui dans
son lit, peut rester plusieurs nuits sans dormir tant la crainte d'être à
nouveau abandonné le hante.
Sur ce sujet des nuits,
il faut attirer l'attention de tout un chacun sur ce que représentent pour
un enfant l'approche du crépuscule et le fait de passer la nuit hors de la
présence du parent maternant et protecteur.
Comme chacun sait, et en
a fait l'expérience dans son enfance, à l'approche du crépuscule et de la
noirceur, appréhensions, angoisses et peurs font surface aisément à la
conscience.
S'agit-il d'un bruit inhabituel,
d'une ombre insolite, d'une senteur étrange, l'esprit se met à phantasmer;
on interprète ce que l'on perçoit, on se fabrique des scenarii.
En apparaissant, l'obscurité
neutralise les perceptions visuelles réelles par effacement des contours et
disparition des couleurs tout en les déformant.
Simultanément avec cette distorsion des perceptions visuelles, il y a
exacerbation des autres perceptions sensorielles qui viennent combler le
vide perceptuel d'origine visuelle, le cerveau inventant de nouvelles
perceptions en l'absence des supports perceptuels réels qu'ils soient
visuels, auditifs, tactiles ou autres.
Quand,
de plus, on observe un affaiblissement des contrôles sur les émotions, le
cerveau étant de façon naturelle en période de repos cognitif
en phase nocturne,
les peurs surgissent.
Elles peuvent être nombreuses et intenses surtout chez un jeune être au
préalable fragilisé à la fois par l'absence du parent maternant et par des
circonstances de vie ayant induit un état anxieux [2].
Le terrain psychologique devient alors
propice non seulement aux peurs intenses mais aussi à ce qu'elles peuvent
engendrer quand elles perdurent, c'est-à-dire, les phobies, peurs
inextinguibles, et des compulsions, actes magiques pour conjurer le mauvais
sort qu'on lui a fait et les misères qu'il doit endurer.
L'enfant développe une peur de la noirceur et
ne peut dormir sans avoir une lumière dans sa chambre; il devient claustrophobe et ne peut dormir les portes fermées ; il
développe des peurs procédant de la pensée magique avec ses peurs du
"loup", des "monstres", des "fantômes", du
"diable" et autres personnages imaginaires ou mythiques; mêmes
les animaux réels seront inclus dans son panthéon des peurs.
IV/ Le
manque de confiance en soi ou sentiment d'insécurité.
Ainsi que mentionnée
supra, l'instabilité s'explique par les changements de lieu aux sept jours
ou autres intervalles de temps de présence et, quand les parents de part et
d'autre ont des styles de vie par trop différents. Nous pensons aux
ajustements concernant les rythmes biologiques (heures du lever, du
coucher, des repas, de la sieste ou absence de sieste) et des habitudes de
vie (propreté, politesse). Quand cette instabilité se conjugue avec
l'angoisse, non seulement l'angoisse
d'abandon mais aussi l'angoisse existentielle, l'ensemble instabilité-angoisse favorise l'apparition
de l'incertitude, du doute, d'un sentiment fortement vécu d'insécurité. Ainsi naît cette
caractéristique de personnalité qu'on appelle le manque de confiance en soi.
Chez l'enfant, ce manque de confiance en soi se manifeste de façon
claire : on le voit inquiet, son regard est dubitatif quand il est
face à l'adulte. Que croire et qui croire ? Il n'a certes pas
confiance en l'adulte ; mais ce manque de confiance, il va tôt
l'intérioriser et le faire sien. Lui aussi va se mettre à douter, à changer
d'avis. On entend alors ces réflexions du style : « il ne sait
pas ce qu'il veut, c'est un enfant capricieux, changeant ».
Certes ! Mais l'adulte l'a conditionné à être tel à cause de ses
propres imperfections ! Que n'a-t-il donné l'image d'un parent sûr de
lui, sachant se contrôler, rassurant, et surtout fiable !
V/ Le
manque d'attention et de concentration.
Autre répercussion
psychologique d'envergure à mentionner, le manque d'attention et de
concentration.
Ce manque va hélas conditionner une
bonne partie de l'avenir de l'enfant.
Parce qu'il se
trouve précisément à ce stade de développement durant lequel toute une
gamme d'apprentissages essentiels se met en place, il est impératif que
l'esprit de l'enfant soit en condition de disponibilité et donc serein pour
apprendre, retenir, mémoriser, mettre à profit ce qu'on lui montre en le
répétant ou en le refaisant lui-même.
Avec l'enfant qui est ballotté de
droite et de gauche à son insu et contre son gré, garde alternée ou autre
système de garde, la sérénité n'est pas au rendez-vous. Son esprit n'est
pas disponible à l'écoute, à la mémorisation, au désir d'apprendre et de
reproduire.
On le comprend : il est soucieux, inquiet,
déstabilisé, déstructuré, apeuré, angoissé, appréhensif au sujet de tout, de sa vie, des autres, du
monde alentour. Il préfère se réfugier, cela a été observé supra, dans son
monde imaginaire, ses propres phantasmes, occupé qu'il est à se recréer une
vie selon ses désirs, ses jeunes aspirations, puisque cette opération de repli, qui est une conduite
d'évitement, le réconforte, le rassure. Alors, les apprentissages n'ont
plus de priorité. L'enfant peut finir par les oublier s'ils ont eu lieu ou,
s'ils n'ont pas eu lieu, on observe un retard.
Second
type de répercussion psychologique accompagnant les troubles
psycho-affectifs, ce sont les difficultés
dans les apprentissages.
Ces difficultés se
produisent sous la forme de déficit ou de retard. Il y a déficit dans les
apprentissages quand, après avoir eu lieu, on observe une régression chez
l'enfant ou bien, ces apprentissages sont retardés ou lacunaires.
Deux types
d'apprentissage sont concernés tant dans leur retard à être mis en place
que dans leur régression : ce sont les apprentissage de base et
les apprentissages scolaires.
Il y a pléthore
d'apprentissages de base :
motricité, langage, dextérité
manuelle fine, propreté qui va de pair avec les apprentissages sociaux
comme prendre soin de son corps, de ses affaires, manger correctement, bien
se tenir, être poli. Tous ces apprentissages font appel au contrôle de soi,
à la maîtrise des gestes, de la pensée, des envies et des pulsions. Et là,
le modèle parental prend toute son importance, toute sa place car, il n'y a
pas apprentissage plus indélébile, plus difficile à corriger quand
déficitaire ou imparfait que l'empreinte ou modeling [3].
Un enfant qui est soumis
à un stress intense et répété, avec des modèles parentaux instables,
ne va pas opérer ces différents contrôles sur lui-même comme un enfant
élevé sans stress continu par des parents ayant à coeur sa bonne éducation
et son bien-être. Dans le premier cas, on voit l'enfant soit régresser,
soit présenter un retard dans ses contrôles.
Cette observation est
particulièrement pertinente aux moments de l'apprentissage à la parole ou
au contrôle des sphincters. Un retard dans le langage peut être observé
tout comme l'énurésie et l'encoprésie. Avec les plus grands, on les voit
à nouveau faire pipi au lit, caca dans leur pantalon, sucer leur
pouce, parler « bébé » ; de propres, ils deviennent sales,
ne se lavent plus, ne se brossent plus les dents, n'obéissent plus du tout,
ne savent plus dire « merci », « s'il vous plaît »,
« bonjour » ; ils perdent leurs bonnes manières.
Il en est
de même avec les apprentissages scolaires.
En l'absence d'attention
et de concentration, ces enfants plus préoccupés par ce qui leur arrive
chez eux et à phantasmer sur une vie plus agréable que soucieux de leur
réussite scolaire, lire, écrire, compter et autres matières à apprendre
vont être mises de côté : impossible de mémoriser soit de capter,
retenir et se rappeler ce qui
s'est passé en classe. On oublie tout car on ne sait rien et on ne veut
rien savoir.
[1] Sur le sujet de la
séparation, à lire l'ouvrage de base Attachement et perte: la
séparation, angoisse, colère de J.Bowlby; PUF éd, Paris 1978, 2de
éd.1994.
[2] Dans l'ouvrage que
j'ai écrit L'enfant maltraité, publié aux éditions
l'Harmattan, tout un
paragraphe est consacré à l'influence de la nuit et de l'obscurité sur le
développement des peurs nocturnes et des pleurs du soir.
[3] Sur les
différents types d'apprentissage, à lire le chapitre sur les
conduites d'apprentissage et de mémoire, pp.177-193, dans le tome 2
du
traité Neuro-psycho-physiologie de N.Boisacq-Schepens et
M.Crommelinck, éd.Masson, Paris, 1996.
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Les indicateurs physiques du stress s'observent dans les
domaines suivants:
- aspect physique de l'enfant tel
qu'il se présente lors de la consultation
- les maux corporels dont il se plaint.
-
les troubles dans les fonctions physiologiques tels que rapportés par le
parent
maternant, recueillis par le médecin dans le carnet de santé de
l'enfant
et décrits par l'enfant lui-même quand il le peut.
Dans la
majorité des cas, l'enfant soumis à une forme ou une autre de
maltraitance a l'air malingre, chétif, souffreteux. Il « ne respire
pas la santé ». Son teint est pâle, trop pâle pour certains ; il
est plutôt maigrelet. On comprend qu'il y a problème autour de la
nutrition.
Ce qui frappe et qui retient l'attention, c'est son regard quand il
ose lever les yeux. Le regard est triste, quelquefois si triste qu'il en
paraît éteint. L'interrogation peut remplacer la tristesse dans les yeux.
On y perçoit l'appréhension, l'expectative, la retenue.
Les gestes sont significatifs eux-aussi. Ils sont maladroits, empruntés, un
peu gauches. On voit que l'enfant se sent mal à l'aise, constricté :
il n'ose pas trop remuer par peur d'être puni.
Constricté dans ses gestes, ses mouvements, son
expression verbale, et peureux mais aussi et à la fois, pouvant devenir
agité, nerveux, fébrile, l'allure générale est celle de la passivité, de la
grande timidité.
On sait
que l'enfant souffre tout simplement parce qu'il se plaint de divers
maux physiques.
Avoir « mal au ventre » est très souvent rapporté par l'enfant:
il est soit constipé, soit il a des accès de diarrhées. Nausées et, ou
vomissements peuvent être présents quand il dit avoir « mal au
coeur ». Il se plaint d'avoir "mal à la tête". Crises
d'asthme, éruptions cutanées sont récurrentes. Crises de nerfs, tétanie et
convulsions sont aussi mentionnées, mais plus rarement.
Maux de tête,
maux d'estomac, douleurs abdominales, démangeaisons, asthme, tous ces maux
physiques sont autant de signes montrant que l'enfant est perpétuellement
sur le qui-vive, tendu, stressé.
Ce déséquilibre dans les fonctions physiologiques
constitue la troisième composante dans l'inventaire des symptômes physiques
retenus.
Il est
marqué principalement pour les fonctions qui sont le plus directement
touchées et le plus communément altérées par le stress soit les troubles du
sommeil, ceux liés aux fonctions de digestion, les troubles respiratoires,
les éruptions cutanées et, plus rarement, les convulsions
et paralysies.
- troubles du sommeil avec
réveils nocturnes, cris, cauchemars, hurlements ou refus de s'endormir. En
général, la difficulté de l'enfant à s'endormir s'accompagne de symptômes
psychologiques appelés peurs, peur de la noirceur, peur de se retrouver
seul quand il se réveille [(à relier à l'angoisse de séparation de
l'être aimé quand celle-ci s'opère à son insu). Nous l'avons
décrite supra: cette angoisse de séparation s'exprime par des peurs : peur
de l'obscurité, peur de rester
seul ou de se retrouver seul. Quand elles s'intensifient, les peurs deviennent des phobies].
-troubles liés
aux fonctions digestives dans leurs différentes étapes :
absorption, transformation, excrétion.
Troubles dans la prise de nourriture, ceux-ci
caractérisés le plus souvent par une baisse de l'appétit ou une
incapacité à s'alimenter: soit refus du biberon, picorage, anorexie et
plus rarement boulimie.
Nausées,
régurgitations, vomissements,
accompagnent fréquemment ou induisent le manque d'appétit pour cause de
stress : la dégradation des aliments est perturbée.
Quand ils sont
attribuables à un retard dans l'appentissage au contrôle des sphincters ou
à une perte de ce contrôle auparavant appris, les troubles dans l'excrétion
s'expriment sous plusieurs formes : incontinence vésicale ponctuelle ou énurésie pour la
micturition, incontinence
anale ponctuelle avec diarrhées ou non pour la défécation, l'encoprésie restant un symptôme assez rare. A l'opposé, l'apparition de la constipation est un symptôme récurrent quand il y a stress.
- Les troubles liés à la fonction
respiratoire sont d'une part, l'hyperventilation et les crises d'asthme dont on
remarque la recrudescence quand l'enfant, au préalable sujet à ces crises,
est exposé à des situations stressantes et, d'autre part, les troubles d'origine infectieuse
comme les rhinites,
rhino-pharyngites et bronchites.
- Les éruptions
cutanées: eczéma, zona d'origine
nerveuse.
-
Convulsions.
-
Paralysie.
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a) Les mécanismes d'action physico-chimique en réponse à
un stress prolongé
De façon schématique, disons que toute réaction
émotive est transcrite en phénomènes bio-chimiques qui inondent le corps à partir de l'organe
enregistreur, le cerveau.
Le double circuit anatomo-chimique est
connu : il part du cerveau avec mise en alerte des structures limbiques (amygdale, hippocampe,
nucleus accumbens), du cortex (temporal et préfrontal), de certains noyaux
de l'hypothalamus et de
l'hypophyse principalement. Cette mise en alerte se propage à
travers les différentes structures anatomiques cérébrales par changement
dans la sécrétion des nombreux neuromédiateurs cérébraux dont la dopamine
et la sérotonine ainsi que des hormones, autre type de neurotransmetteurs.
D'une part, l'hypophyse va sécréter une hormone
spécifique en cas de stress, l'adrénocorticotrophine, qui va aller stimuler
les glandes surrénales; celles-ci produisent à leur tour de l'adrénaline
(neuromédiateur du système sympathique qui active tout un ensemble de
structures dont le coeur, les poumons et autres viscères, la peau et les
muscles) et des glucocorticoïdes dont le cortisol qui vont aider le corps à
transformer les sucres en énergie.
D'autre part et dans le même temps, le système
sympathique activé par l'hypothalamus va actionner les organes du système
immunitaire, préparant ainsi l'organisme à une première ligne de défense
rapide puis à une seconde plus lente.
Les sécrétions en neuromédiateurs et autres
hormones spécifiques reprennent un niveau normal quand le stress disparaît.
Par contre et c'est là le problème, quand la
personne se trouve en
état de stress continu ou prolongé, des
dommages physiques et psychiques vont se produire. Que se passe-t-il ?
On sait depuis quelques années qu'un état
chronique de stress, même de faible intensité, conduit à l'affaiblissement du système immunitaire, à la
perte de la masse osseuse (décalcification) et de la musculature (fonte des
muscles), à des troubles gastro-intestinaux, à la suppression de la
reproduction et à des problèmes mnémoniques (détérioration des neurones de
l'hippocampe) [1].
Les grands responsables de ces diverses pathologies
sont les glucocorticoïdes qui se maintiennent à un taux élevé dans
l'organisme à la différence des autres hormones spécifiques du stress qui
ne peuvent rester à des taux élevés.
En se maintenant à un taux élevé dans le sang, les
glucocorticoïdes neutralisent le système immunitaire dans sa double action,
celle rapide avec les macrophages et lente avec les lymphocytes, par
surproduction de certaines cytokines qui le rendent inopérant. C'est le
phénomène d'immunosuppression
[2].
Si nous nous reportons à la méta-analyse des
psychologues Suzanne Segeström et Gregory Miller [3], le stress, dépendant
de son type et de sa durée, provoque ou non une baisse sélective des
défenses du système immunitaire. Selon leurs résultats, plus le stress se
chronicise, plus les mécanismes cellulaires complexes normalement mis en
action dans la lutte contre les maladies sont altérés.
En ce qui concerne l'affaiblissement du système
immunitaire, je pense à tous ces jeunes enfants exposés à un stress
prolongé dû à de mauvaises conditions de vie que j'ai vus en consultation
et que je continue de voir dont le carnet de santé est rempli
d'observations médicales menant aux mêmes diagnostics à longueur de mois
tels que rhinites,
rhino-pharyngites, bronchites et autres maladies infectieuses de l'appareil
respiratoire.
b) Liste des principales
pathologies liées à ce type de stress [4]
- Troubles de la mémoire (par
détérioration de l'hippocampe responsable de la mémoire de la tonalité
émotive des évènements).
- Inhibition de la croissance chez
les sujets jeunes suite à la diminution de la sécrétion de l'hormone de
croissance par l'hypophyse [5].
- Décalcification osseuse.
- Fonte des muscles causant un état de faiblesse et de fatigue.
- Lésions du muscle cardiaque.
- Parois des vaisseaux sanguins
fragilisée.
- Dépôt de cholestérol avec formation de
plaques athéromateuses.
- Pathologies gastro-intestinales : en
particulier ulcères peptiques.
- Altération de la physiologie
reproductrice chez les deux sexes.
- Affaiblissement chronique de la
résistance aux maladies avec fréquence élevée des maladies infectieuses
(nous
pensons à tous ces jeunes enfants traumatisés par les conditions de vie qui
leur sont imposées malgré leurs besoins et leurs désirs, suite à la
séparation de leur père et mère, et dont le carnet de santé est couvert
d'observations médicales au sujet de rhinites, rhino-pharyngites et
bronchites à répétition).
De plus, à noter qu'il y aurait un lien entre les traumatismes
subis durant l'enfance et les maladies de type
inflammatoire à l'âge adulte selon
Andrea Danese, chercheur à l'Institute
of Psychiatry à King's College London.
Etude longitudinale sur 32 ans publiée
par Andrea Danese et al, Childhood maltreatment
predicts adult inflammation in a life course
study, Proceedings of the National Academy
of Sciences, Vol.104 (4), pp.1319-24, 23/01/2007.
http://intl.pnas.org
Concernant
les preuves scientifiques d'un déséquilibre hormonal dû au traumatisme de la
séparation du parent maternant ou privilégié (un papa- internaute m'a suggéré d'utiliser de préférence
l'expression parent privilégié, donc je vous laisse juge) chez les jeunes enfants,
à lire l'article "L'empreinte génétique de la tendresse", page 11, dans le numéro 13 de janvier-février 2006 de la revue
"Cerveau et Psycho".
Dans cet article sont rapportés les résultats d'études faites à
l'université du Wisconsin sur de jeunes enfants abandonnés et élevés dans des
conditions difficiles. Je cite: " Les chercheurs ont noté que la
concentration dans le sang des deux hormones qui favorisent la création de
liens affectifs et sociaux, le lien parent-enfant et la mémorisation des
épisodes tendres, soit l'ocytocine et la vasopressine, est
basse. Les auteurs de l'article indiquent que l'altération de ces deux
hormones montre l'impact de la tendresse sur la biochimie du cerveau. En cas
de séparation, les auteurs mettent en garde contre une séquelle nommée interruption du système d'attachement hormonal. Pour éviter cette cicatrice psychique,
il est primordial de fournir à l'enfant une relation d'attachement stable et
sincère, soit avec une personne soignante, soit avec des parents
d'adoption" dans le cas de ces enfants orphelins bien entendu.
Nous pouvons ainsi encore mieux comprendre ce qui se passe chez
les bébés, les petits enfants et même chez les plus grands quand ils sont
privés de leur parent maternant ou privilégié quand ils en sont séparés,
leurs cris, leurs hurlements et toutes ces réactions psycho-physiologiques
dues au stress de la séparation. Ces réactions sont devenues quantifiables et
non plus uniquement basées sur nos observations cliniques. A méditer donc.
[1]
A consulter sur le stress chronique et ses effets nocifs sur l'organisme
l'ouvrage de
N.Boisacq-Schepens
et M.Crommelinck, Neuro-psycho-physiologie, Tome 2, pp. 91-101, Ed.Masson, Paris, 1996.
[2]
"Stress et cellules tueuses", article de Karl Bechter et
Katja Gaschler, pp 82-85, dans la revue Cerveau et
Psycho, n°8, déc 04-fév 05, 2005.
[3] Suzanne C.Segeström et
Gregory E.Miller: "Psychological Stress and the Human Immune System: A
Meta-analytic Study of 30 Years of Inquiry", pp.601-630, dans le
"Psychological Bulletin", 2004, Vol 130, n°4.
[4] A consulter sur le stress chronique et ses effets nocifs sur
l'organisme les pages 91-101 citées supra du tome 2 de
Neuro-psycho-physiologie.
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