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Préface
du livre L'enfant maltraité
L'enfant
maltraité est un enfant oublié.
Au
cours de ma pratique de psychologue, j'ai été
témoin et je le suis toujours de la souffrance de ces
enfants dont on avait oublié qu'ils avaient un coeur et
une âme. Nombre de ces enfants viennent de familles
désunies chez lesquelles un des deux parents ou les deux
parents présentent de sérieux problèmes
de comportements et des troubles de la personnalité.
Par
delà les querelles de ces parents séparés
ou divorcés, par delà une lecture stricte et impersonnelle
du droit, il y a un être, un enfant, avec ses besoins,
ses désirs, ses sentiments, ses émotions, ses
souffrances. Lui prête-on attention? L'écoute-on?
L'entend-on? Je dis tout de suite: NON.
J'ai
rencontré beaucoup trop d'enfants malheureux, tristes
ou brisés, petits pantins désarticulés
au regard vide ou adolescents sans illusion. J'ai rencontré
beaucoup trop d'enfants, et j'en rencontre toujours trop qui
se retrouvent aux mains d'adultes fous de rage parce qu'ils
sont décidés à "avoir" leurs
enfants comme on possède un objet, des adultes irresponsables,
sans considération pour le petit être qu'ils veulent
posséder ou arracher au parent maternant, sans considération
pour sa sensibilité, sans montrer aucune compréhension
de l'âme enfantine. Cet adulte là, parent proche
en général, réussit trop souvent à
imposer sa volonté au détriment du bien-être
et du bonheur de l'enfant avec, hélas, dans certains
cas, le soutien du système judiciaire.
Quand
père et mère s'entre-déchirent et qu'ls
mettent leurs enfants au centre de leur haine réciproque
en utilisant les malheureux petits comme moyens de représailles
et de punition envers l'autre parent, ces enfants là
sont en grand danger: ils n'existent plus en tant qu'êtres
humains avec un coeur, une âme, des émotions, des
sentiments; ils représentent pour le parent revendicateur
les armes de guerre utilisées pour faire du mal au parent
maternant.
De
même, quand la loi se met au centre des querelles conjugales
et familiales et use du principe de parité entre père
et mère, cette loi a oublié premièrement
qu'au-delà des droits des parents à se "partager"
leurs enfants, en plus de ce droit de partage, ces parents ont
des devoirs à accomplir auprès de leurs enfants
et que, deuxièmement, il y ausssi les droits des enfants.
Parmi
les devoirs des parents, il y a celui d'assurer le bien-être
physique et psychologique de l'enfant.
Parmi
les droits des enfants, s'il y en a deux à respecter,
c'est primo celui d'être protégé et, secundo,
celui d'être compris.
Or,
pour l'instant, ce n'est pas ce que nous observons dans nos
cabinets de consultation: devoir parental assurant le bonheur
de l'enfant et veillant à sa santé ainsi que droit
de l'enfant à être protégé et compris
sont occultés. C'est d'ailleurs pour ces raisons que
ces enfants sont amenés en psychologie.
Si
l'on veut observer le principe d'équité, appliquons-le
à toute la famille, enfants compris. Par contre, au-delà
de cette nouvelle loi à laquelle nous pensons, celle
de l'autorité parentale avec garde alternée, il
y a de jeunes êtres humains en souffrance, ces êtres
ne sont encore que des enfants, parfois des nourrissons: dans
les situations de rupture parentale, ils sont tous des victimes. Il
s'agit de les protéger quand il y a identification de
la vindicte d'un parent, de son égoïsme et de son
instrumentalisation de l'enfant comme arme offensive.
...............................................................................................................................................................
Pour
tous ces enfants, j'appellerai à plus de compassion,
plus de compréhension, moins d'égoïsme, moins
d'indifférence, moins de cécité psychologique
de la part des adultes.
Je
vous dirai de suite que le temps d'un enfant n'est pas celui
de l'adulte. Je vous dirai de suite qu'un enfant n'est pas un
objet, que ce que l'adulte veut et décide pour lui dans
un contexte judiciaire délicat n'est peut-être
pas toujours ce dont l'enfant rêve et ce qui est bon pour
lui. Je vous dirai donc de suite que les besoins psycho-affectifs
et physiologiques de l'enfant ne sont pas les mêmes que
ceux des grandes personnes: on doit y penser et en tenir compte.
Les
enfants ont, eux-aussi, droit à l'expression de leurs
sentiments, de leurs besoins; ils ont, eux-aussi droit au bonheur. Entendez-les!
Ecoutez-les! Comprenez-les!

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Question de
définition
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A écouter les enfants qui sont soumis à la garde
alternée sur la base d'une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre
parent à un rythme régulier et soutenu, l'enfant fait non seulement l'expérience
d'un changement de lieu, soit un endroit d'habitation différent, mais il il
lui arrive le plus souvent de changer de style de vie, d'habitudes, de
façon de penser, d'agir, d'être quand il change de parent (c'est entre autres un des points forts de contentieux
qui a amené la séparation des parents en première place, soit le fait
d'avoir des divergences dans la façon d'élever les enfants et de se
conduire dans la vie!)
Quand
on se projette dans l'univers vécu par l'enfant, de parler de résidence ne
correspond pas à sa réalité: l'enfant change non seulement de résidence
mais en allant chez son autre parent, il change aussi de façons de vivre et
d'appréhender le monde alentour.
Résidence
alternée est un euphémisme qui, dans son expression réductrice, est
fallacieuse tout en relevant de l'hypocrisie, puisqu'on désigne par un
anodin changement de lieu, le grand chambardement, quand l'enfant n'en a
pas envie ou qu'il est terrorisé à sa perspective, qui consiste à changer
de parent et d'univers de vie.
Je
conserverai l'expression de "garde" pour les raisons suivantes:
un, ce terme inclut les trois changements; non seulement celui de demeure
mais, en changeant de parent, il y a changement de style de vie; deux, ce
terme de "garde" est approprié car il présuppose que les deux
parents sont très attentifs au bien-être, à la sécurité et à la protection
de leur progéniture, donc il signifie bien une responsabilité parentale
forte; trois, dans les situations exacerbées, ce terme ne correspond même
plus à son sens
étymologique qui signifie faire attention, protéger, défendre quand
la "garde" de l'enfant s'apparente à de la confiscation, celle-ci
rappelant plus une prise en otage de part et d'autre par les parents que
d'une invitation à résider auprès de chacun d'eux en toute candeur et
sérénité.
Dans ces situations, le mot "garde" me paraît un terme nettement
plus proche de la réalité que vit l'enfant au quotidien que l'aimable
terme, quoique urbain et convivial mais inexact, de "résidence".
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Situation
actuelle
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La
pratique de la garde alternée est un sujet qui fâche parce qu'il suscite
beaucoup d'émotions (négatives), de passions (féroces),
d'attaques(brutales) entre hommes et femmes, entre pères humiliés et mères
bafouées. Chacun a son idée, chacun veut que ce soit la bonne.
Il
en sera ainsi pendant quelque temps encore, le temps pour tous les
protagonistes concernés, parents qui s'entre-déchirent, appareils de
justice décideurs, intervenants "experts" ou non labelisés comme
tels auprès des enfants de réaliser, de comprendre que cette pratique
idéale sur le papier et dans les esprits des adultes ne peut être mise en
place qu'après mûre réflexion sur les rythmes identiques de présence de
l'enfant chez l'un et chez l'autre parent, sur l'adéquation de ces parents
à assumer leurs reponsabilités et sur les réactions des enfants à
cette alternance à égalité de temps dans des lieux différents de vie, car
après tout, eux-aussi vont être au plus haut point concernés par cette garde
alternée.
Comment
l'enfant va-t-il réagir à de brusques changements? Quels sont ses besoins
tant physiques que psychologiques? Quels sont ses désirs, ses aspirations?
Qu'est-ce qui va lui convenir le mieux dépendant de son âge? Se sent-il
plus proche d'un parent que de l'autre? Qu'est-ce qui va lui manquer ou au
contraire l'enrichir avec ce système de garde? Est-ce que ce temps rigide,
le plus souvent, à la semaine, est le mieux adapté à l'enfant, à tout âge, y
compris au nourrisson?
Car, avec le schéma qui s'offre à nous, nous supposons toutes
et tous que les deux parents sont personnes aimantes et responsables; nous
supposons toutes et tous que ces rythmes de changements n'ont aucun impact
négatif sur l'enfant, uniquement un impact positif; nous supposons toutes
et tous que les enfants s'accomodent très bien de ces allers et retours.
Or, dans ma pratique de psychologue clinicienne, ce n'est pas du tout cela
dont je suis témoin. Certes, vous me direz que, étant donné ma profession,
je ne reçois que les enfants et les parents pour qui la garde alternée et
autres formes de garde posent problème. C'est exact; mais, ce n'est pas
pour cela que nous ne devons pas en parler.
Bien au contraire, il est de mon devoir de faire connaître
d'abord "ce qui ne marche pas", d'expliquer pourquoi "cela
ne marche pas" et de proposer des solutions qui soient le plus en
adéquation avec les besoins et les sentiments de l'enfant.
"Et les droits des parents me direz-vous?" Les droits
des parents sont du domaine exclusif réservé à l'appareil judiciaire.
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Le parent maternant ou
non maternant
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Avant de poursuivre plus
avant ma réflexion que je partage avec chacun et chacune, je tiens
cependant à réconcilier hommes et femmes sur ce sujet douloureux tant pour
les enfants que pour leurs parents.
A partir de ma longue expérience de psychologue clinicienne auprès de
familles séparées, si j'ai reçu jusqu'à ce jour plus de mères désespérées
avec leur(s) enfant(s) en plein désarroi à cause de pères intransigeants,
agressifs et menaçants, qui ne remplissaient pas ou fort mal leur devoir de
parent aimant et responsable, j'ai aussi reçu des pères aimants et
responsables accompagnés de leur(s) enfant(s) dont ils avaient à coeur le
bien-être, la sécurité et le bonheur quand la mère ne remplissait pas ses devoirs
de mère.
Donc, nous emploierons ici les termes de
parent maternant et parent non-maternant. Ces termes me semblent les mieux
appropriés pour désigner un père et une mère qui sont soit parents aimants
et responsables, soit parents inadéquats et irresponsables.
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